« La mer, dans deux siècles, ira jusqu’à Niort ».

18 Jan 2020 | Actualités diocésaines

Christian Genre, diacre ofs.

« La mer, dans deux siècles, ira jusqu’à Niort »

Cette réponse de Pierre Radane à un téléspectateur lors de l’émission « C dans l’air » de France 5 trottait dans la tête de plusieurs participants lors de la journée diocésaine de la fraternité diaconale à Sansais la Garette, une des portes du Marais poitevin. De fait le Marais poitevin était un golfe marin il y a peu, à l’échelle du temps géologique et une partie de sa surface est en dessous du niveau de la mer. De plus nous savions que nous allions consacrer une partie de notre journée à la question de l’écologie intégrale à la suite de l’encyclique Laudato Si’ et de notre synode diocésain.

Certes, nous n’avons pas encore entendu le bruit du ressac depuis la jolie salle des fêtes qui nous accueillait, un accueil chaleureux par le Père Auguste Sambou curé de la paroisse Sainte Sabine en Niortais, rejoint plus tard par le père Claude Baratange. Les délégués de la communauté locale Notre Dame du Marais nous avaient préparé boissons chaudes et délicieuses brioches, bien utiles après le brouillard qui couvrait une bonne partie du Poitou en ce samedi 7 décembre.

Cette journée a réuni, autour de notre archevêque, deux douzaines de diacres, dont le dernier ordonné Vittorio Marelli, un nombre presque équivalent d’épouses, le Père Benoît de Mascarel prêtre accompagnateur du diaconat pour notre diocèse, Sœur Michèle Racaud, membre du Comité diocésain du diaconat, .

Après la prière de Laudes (on notera que les diacres et leurs épouses sont encore attachés majoritairement au papier même si les smartphones et tablettes sont en forte croissance) Mgr Wintzer nous a présenté rapidement la réflexion qui l’a conduit à rédiger cet été et publier début octobre sa nouvelle lettre pastorale « Il les envoya deux par deux ».  Le but est clair : aider à la mise en œuvre des visées et orientations de notre dernier synode. Pour ce faire, il faut retenir quelques priorités car ne pas choisir c’est se condamner à l’inefficacité. Les trois priorités retenues, qui sont la feuille de route pour notre diocèse sont : (re) découvrir l’Évangile comme source de vie chrétienne, reconnaître toute leur place aux jeunes, développer les pratiques d’écologie intégrale.

La disposition en tables de 6 exprimait d’entrée la méthode retenue par l’équipe diocésaine : laisser la place aux échanges fraternels en petits groupes. La première priorité étant de fait un passage obligé et nécessaire pour aborder les deux autres, il a donc été proposé de commencer par nous immerger dans la Parole. Chaque séquence d’une heure laissait ainsi le temps de partage la parole avant et en lien avec les orientations retenues comme prioritaires.

La rencontre de Philippe avec l’Éthiopien, Actes 8, 26-39, nous a conduit à réfléchir sur « comment monter dans le char », c’est à dire comment rejoindre ces jeunes en soif de vie, de foi, de joie. La diversité des paroisses, des contextes sociaux et démographiques est ressortie lors de la remontée en fin de séquence mais aussi bien des points communs, comme la nécessité de se former aux outils de communication utilisés par les jeunes, Facebook est désormais l’outil des 40 ans, les jeunes des aumôneries sont sur whatsApp, instagram…et demain ? Même si les réseaux sociaux soulèvent bien des questions, ce sont de bons outils pour créer des communautés, de prière, de partage, de soutien mutuel etc.

Après l’apéritif pris dehors sous un soleil radieux, mais peu durable, et le repas, on notera une relative sobriété dans l’abondance des mets, nous avons échangé des nouvelles de nos frères et sœurs absents, en particulier de ceux et celles touchés par la maladie ou l’âge avancé.

Nous avons ensuite repris le travail sur la 3ème orientation « Développer des pratiques d’écologie intégrale ».

Mgr Wintzer nous a présenté un rapide résumé des échanges lors de journée consacrée à ce thème pendant l’assemblée d’automne des évêques à Lourdes. Pour la première fois, cette assemblée réunissait les évêques et deux invités par diocèse, des invités fortement investis dans ce domaine. Pour le nôtre c’était deux laïcs,  Clémence Pourroy et Arnaud Chambat. Au-delà de l’image, rare, d’une déléguée allaitant son bébé dans une assemblée d’évêques, et de propos parfois très militants, un consensus s’est dégagé sur l’urgence de prendre conscience que « nous serons trop nombreux sur notre Terre si nous gardons nos modes de vie d’aujourd’hui ». Les solutions que sont le malthusianisme ou le laisser-faire jusqu’à l’effondrement final étant refusées, une seule demeure : changer de modèle de développement.

Oui mais pour pouvoir le faire, il faut rendre « désirables » ces changements dans nos modes de vie. Pour ce faire, il faut bien analyser les interactions, c’est le fondement même de l’écologie qui par essence est nécessairement intégrale mais aussi dans une société de la communication immédiate et mondialisée s’appuyer sur des « influenceurs » et les jeunes générations y ont une place de choix.

A Lourdes, une place a été faite à la « collapsologie » avec une intervention du biologiste Gauthier Chapelle co-auteur de l’ouvrage avec Pablo Servigne et Raphaël Stevens « Une autre fin du monde est possible : vivre l’effondrement et pas seulement y survivre ». Être inquiet, certes mais cela doit conduire à l’éveil et à la vigilance, être lucide aussi.

Contrairement à la vision d’une loi de la jungle basée sur la seule prédation, ces chercheurs insistent sur la loi de l’entraide entre espèces, ce que montre en effet l’écologie. La crise est là, le réchauffement climatique en est une manifestation criante, une hausse des températures de 4 à 5° en 2100 (c’est la trajectoire actuelle) rendra une partie importante de la planète inhabitable au sens strict (températures dépassant les capacités humaines) et donc des transferts massifs des régions tropicales le plus touchées vers les régions « tempérées » très réchauffées mais encore vivables. Il y a donc nécessité de sortir au plus vite des énergies fossiles, se préparer à apprécier la sobriété (plus facile pour nous qui sommes des nantis que pour celles et ceux qui commençaient à mieux vivre) : le slogan « moins de biens plus de liens » peut choquer un africain ne mangeant pas à sa faim…Il faut prendre garde à notre vocabulaire. On note aussi que cette remise en cause de nos modes de production et de consommation est aussi celui de nos organisations pyramidales, voire patriarcales, l’Eglise doit aussi se poser la question. Il nous faut sortir de la culture de la productivité, de l’évaluation, passer de l’exploitation du monde pour son propre intérêt à une exploitation « pour la gloire de Dieu », et ceci passe par la préservation de la Création.

Quatre défis ont été cernés pour la mise en œuvre de l’écologie intégrale : 1) S’aimer soi-même 2) Aimer son prochain (sens très large) 3) Savoir c’est changer 4) Savoir regarder le vivant. Il faut donc que l’homme se décentre, qu’il comprenne qu’il n’est qu’un élément de la Création. Nos sociétés occidentales ont oublié cette dimension, que les sociétés anciennes intégraient dans leurs modes de vie et de penser le Monde. Notre Église catholique doit elle-aussi se convertir et même si le slogan est facile, il faudrait qu’elle ait « la main verte ».

L’intervention à Lourdes de Mgr Lafont, évêque de Cayenne, de retour du synode sur l’Amazonie (est-il utile de rappeler que la France couvre une partie du bassin amazonien) est venue enrichir les réflexions de nos évêques.  Parmi ses phrases fortes : 1) il faut passer d’une église de la visite à une église de la présence, d’une formation cléricale à une formation synodale, d’une église qui se défend à une église qui reconnaît ses limites. 2) Il faut opérer une conversion culturelle, donc reconnaître les cultures et pratiques locales. 3) Il faut opérer une conversion écologique dès aujourd’hui car demain ce sera trop tard : pour compenser les apports de CO2 qu’il faut réduire mais cela prendra du temps il faut planter des arbres ! 4) Il faut passer d’une église cléricale à une église synodale, avec de nouveaux types de ministères, des ministères différents suivant les contextes. Si catholique veut dire universel, cela ne peut signifier uniforme.

En conclusion, Mgr Wintzer nous a invité à nous interroger sur nos rapports à la mobilité et à la vitesse.

Avec une telle introduction, la lecture partagée du psaume 8, dont une lecture littérale a parfois servi à justifier les atteintes à la création,, nous ouvrait sur l’orientation « développer les pratiques d’écologie intégrale ». Quelques mises en œuvre dans nos paroisses ont été évoquées, Mgr Wintzer nous  informant de la création d’une équipe diocésaine chargée d’accompagner paroisses et mouvements dans la démarche « Église verte » déjà mise en œuvre dans quelques lieux du diocèse. Cette équipe, en voie de constitution,  et sa mission seront présentées lors d’une soirée le 23 janvier 2020 à Poitiers.

La prière des vêpres a conclu comme à l’habitude notre rencontre avant que nous remercions nos hôtes, M et Mme Barbe de leur fraternel accueil.

Quelques photos de la rencontre.

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